L'éditorial

En réalité, il n'y a pas de spécialistes de Liège-Bastogne-Liège ; il n'y a que de solides athlètes, maîtres de la science cycliste.

Voilà l'aller-retour le plus douloureux de la planète vélo. Pour beaucoup, la semaine de course a déjà été exigeante. Avec Liège-Bastogne-Liège, le séjour ardennais se termine en apothéose. En premier lieu parce que la route est longue : plus de 260 km cette année, soit près de sept heures à passer en selle. Le prix qu'attachent les meilleurs coureurs mondiaux à une victoire dans la Doyenne des classiques donne un ton théâtral à cette journée de printemps.

Similaire à celui de la Flèche Wallonne, le final de la course au sommet d'une bosse sélective s'en distingue néanmoins par la dernière ligne droite, qui sourit aux finisseurs ou aux sprinteurs de la trempe de Jalabert, Vinokourov ou Bettini. À moins d'être à la fois un grimpeur, un finisseur et un sprinter, à l'image de Davide Rebellin et d'Alejandro Valverde, qui avaient réalisé à deux ans d'intervalle l'improbable doublé Flèche Wallonne - Liège-Bastogne-Liège. Preuve que c'est avant tout l'état de forme et la fraîcheur dans les dix derniers kilomètres qui sont des arguments décisifs pour les candidats à la victoire.

Un succès obtenu au faîte de la côte d'Ans est d'autant plus méritoire que les prétendants sont généralement nombreux. En réalité, il n'y a pas de spécialistes de Liège-Bastogne-Liège ; il n'y a que de solides athlètes, maîtres de la science cycliste. L'enchaînement des difficultés dans les cinquante derniers kilomètres rend le défi particulièrement relevé, mais ces « bosses à la chaîne » ont la délicatesse de laisser les enjeux ouverts jusque dans le final. La formule a fait ses preuves.

Christian PRUDHOMME