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Édito

L’esprit Classique

Classique mais imprévisible, Paris-Tours, cette longue ligne droite tracée sur la carte de France, maîtrise en réalité l’art du contre-pied. On y attend du vent et de la bruine ? C’est en fait le soleil qui accompagne le peloton sur la route. Les experts les plus fins de la chose cycliste prédisent une arrivée massive au sprint ?Un Richard Virenque ou un Jacky Durand leur cloue le bec en levant les bras en solitaire devant l’hôtel de ville. Si le rendez-vous parvient à entretenir depuis plus d’un siècle l’intensité de l’enjeu, c’est aussi par sa capacité à se jouer de ses apparents handicaps. Sa position dans le calendrier, qui la place après les principales échéances de la saison, donne surtout à Paris-Tours l’occasion d’accueillir de somptueuses revanches. Son tracé globalement plat et rectiligne, en théorie peu propice aux rebondissements, peut tout autant se prêter à des coups tactiques, pour peu que le vent s’en mêle. Et l’épaisseur du palmarès confectionné dans l’année ne change rien à l’affaire :l’instinct du champion reconnaît ici le goût de la victoire de prestige.

Pour la 100e édition, un scénario inattendu avait une fois encore contrarié la fameuse prime aux sprinteurs qui sévit dans les pronostics. Une partie des costauds, piégés dans un groupe d’attardés, ayant posé pied à terre en cours de route, la parole a été donnée aux audacieux. C’est aussi cela, le propre de Paris-Tours. A l’arrivée, Frédéric Guesdon, neuf ans après son succès sur Paris-Roubaix, accrochait une nouvelle classique de premier choix à son palmarès. Pour un travailleur obstiné, souvent placé mais peu récompensé, la victoire a valeur de symbole. Un clin d’œil comme les aime la légende des cycles.

Christian PRUDHOMME