
Tours
256 km
dimanche 14 octobre
C’est finalement à un sprint massif qu’ont assisté les spectateurs de Paris-Tours au bout de l’avenue de Grammont. Alessandro Petacchi, battu en 2003 par Erik Zabel sur la ligne, doit à son ancien rival son entrée au palmarès de la classique de fin de saison. En début de course, deux groupes beaucoup trop étoffés pour obtenir un bon de sortie ont mis à contribution les équipes des prétendants annoncés. Le répit des poursuiteurs a d’ailleurs été de courte durée, puisque le trio de tête formé de Manuel Quinziato, David Boucher et Serge Pauwels a été pris en chasse à 50 km de l’arrivée. L’Italien, le plus acharné de la bande, a persisté jusqu’à 7 km du but, où un trio de puncheurs s’est détaché, avec Gilbert, Pozzato et Kroon. Leur initiative à vécu jusqu’au dernier kilomètre de course, où un sprint massif était déjà tracé. Emmené par son coéquipier Erik Zabel dans le final, Alessandro Petacchi a terminé en puissance le travail dans les 150 derniers mètres.
22 coureurs en tĂŞte
La première tentative d’attaque du jour est menée par Joost Posthuma (RAB), avec Tom Stamsnijder (GST), Anthony Geslin (BTL) et Floris Goesinnen (SKS) au km 2,5. Les quatre hommes sont rapidement repris, mais trois d’entre eux parviennent à intégrer une échappée plus durable, qui se détache au km 7 avec 22 coureurs. Le groupe de tête, qui creuse un premier écart de 39’’ au km 19, comprend Breschel (CSC), Engoulvent (C.A), Rousseau (A2R), Fothen (GST), Longo (LAM), Hulsmans (QST), Vaitkus et Vandborg (DSC), Pütsep et Geslin (BTL), Hayman et Posthuma (RAB), Duclos-Lassalle (COF), Tjallingii, Goesinnen et Rooijakers (SKS), Terpstra (MRM), Kuschynski (LIQ), Coenen (JAC), Sinner (AGR), Belohvosciks et Musiol (WIE).
51 km dans la deuxième heure
Les équipes Française des Jeux, Predictor-Lotto et Lampre-Fondital, non représentées à l’avant de la course, se chargent de maintenir un rythme rapide, mais leurs efforts provoquent une cassure momentanée au sein du peloton. Gilbert, Da Cruz, Sanchez et Feillu, piégés à l’arrière, reprennent place dans le premier groupe à la faveur d’une reconstitution du peloton. Au km 65, les échappés, qui continuent de rouler à vive allure (51 km parcourus dans la deuxième heure) bénéficient d’un avantage de 55’’, mais l’ampleur du groupe incite les poursuivants à remplir leur mission avec zèle. La jonction est effectuée au km 93.
Un trio opportuniste
Cette poursuite efficace et précoce ne dissuade pas les ambitieux, puisqu’un nouveau groupe se construit au km 106 avec 35 coureurs, dont Gilbert, Cancellara, Napolitano, Vasseur et Voeckler. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, l’échappée ne parvient pas à creuser un écart significatif. Sous l’impulsion des Discovery Channel, le peloton se reforme au km 135. Seuls Boucher (LAN), Quinziato (LIQ) et Pauwels (JAC) parviennent à tirer profit de la situation et prennent le large avec l’assentiment du peloton. Au ravitaillement (km 149), le trio de tête passe avec un avantage de 6’50’’.
Quinziato en solo
La mise en action des équipes Crédit Agricole, Quick Step et Rabobank annonce les difficultés pour le trio d’échappés, qui n’a plus que 3’40’’ d’avance à 40 km de l’arrivée. Manuel Quinziato, qui sent approcher le danger, se sépare en deux temps de ses compagnons de route et entame les trente derniers kilomètres en solitaire. Sa progression est perturbée par une crevaison, mais l’Italien a tout de même 2’20’’ d’avance à 20 km de Tours. Dix kilomètres plus loin, sa marge est devenue infime. Il est avalé puis digéré par le peloton dans la côte de l’Epan.
Petacchi, avec Zabel
C’est quelquefois dans cette ascension que se dessinent les victoires sur Paris-Tours. Philippe Gilbert y tente une offensive, suivi de Filippo Pozzato et Karsten Kroon. Les trois hommes ne bénéficient que de 20’’ d’écart au maximum, mais sont toujours en position de s’imposer sous la flamme rouge. Quelques hésitations plus tard, ils sont condamnés par le retour du peloton, et repris à 500m de la ligne. Le train de la Milram est déjà lancé : Erik Zabel, dernier accompagnateur de Petacchi, met en position idéale son leader à 150 m de la ligne. L’Italien, qui termine le travail en puissance sur le côté droit, signe sa 130ème victoire dans le peloton professionnel, la 19ème de la saison.
Alessandro Petacchi remporte Paris-Tours pour la première fois de sa carrière. Il doit en partie son succès à son ancien rival, Erik Zabel.
Comment situez-vous cette victoire dans votre palmarès ?
C’est une grande victoire car il s’agit d’une classique importante que je n’avais jamais réussi à remporter. C’est une de celles qui correspond le plus à mes capacités, mais je n’avais pu faire mieux que deuxième jusqu’à aujourd’hui. De toute façon, je ne me fatigue jamais de gagner. Pour ce qui est de sa position, chaque victoire a son histoire, bien que pour un Italien, Milan – San Remo reste peut-être la plus grande. En tout cas, je sais que cette année il était également important pour moi de gagner sur les grands tours, mais Paris-Tours est une des rares classiques sur lesquelles je peux m’imposer, c’est donc un rendez-vous à part.
Cette victoire arrive au terme d’une année particulière…
Je viens de passer la saison la plus difficile de ma carrière, puisque je me suis fracturé le genou sur le Tour d’Italie. Ensuite, j’ai vécu un été infernal en raison des procédures liées aux affaires de dopage, puis j’ai eu beaucoup de mal à revenir en forme sur la Vuelta. En cyclisme, on peut toujours gagner des courses même si l’on n’est pas à 100% de sa forme, c’est ce qui s’est passé en Espagne. Ce qui change avec l’état de forme, c’est le degré de souffrance que l’on doit s’infliger. Aujourd’hui c’est la première journée où je me sens aussi bien.
Est-ce une revanche par rapport à 2003, où Zabel vous avait passé sur la ligne ?
Maintenant que je cours avec Erik Zabel, je suis tout à fait satisfait qu’il ait gagné à l’époque. Surtout que quand j’ai perdu cette course, c’était un enseignement pour moi. Et aujourd’hui nous avons appliqué les leçons de cet échec. Le sprint a été lancé exactement au moment le plus juste, alors que j’avais démarré beaucoup trop loin de la ligne.
Comment désignez-vous celui de vous deux qui disputera le sprint pour la gagne ?
Nous n’avons plus besoin de nous parler, car nous sommes tous les deux des experts du sprint. Surtout, Erik est un coureur très humble, donc si je lui dis que je me sens bien, il n’a aucun problème à se sacrifier pour moi. En fait c’est comme si j’avais gagné deux fois, une fois pour lui et une fois pour moi.