| |
| Vendredi 29 octobre 2004 |
| Étape 3 | Orodara > Sikasso - 121 km |
|
 |
|
 |
|
| |
| Une si longue attente |
| |
 Le comble des paradoxes. Il aura fallu attendre que le Tour du Faso sorte des frontières de son pays pour qu'un Burkinabè porte le maillot jaune pour la première fois depuis 1997. C'est le tenant du titre national A.Wahab Sawadogo, membre d'une échappée décisive de 9 coureurs, qui s'empare du maillot le plus convoité, succédant ainsi à son aîné Ernest Zongo, vainqueur final de l'épreuve il y a sept ans. Au sein de l'échappée, le jeune nordiste Denis Flahaut réalise lui-aussi une bonne opération : après sa deuxième place d'hier, il s'adjuge à Sikasso la victoire au sprint et prend du même coup les maillots vert et blanc.
|
| |
 |
 |
Une attaque pour rien
Le peloton montre son appétit dès le départ avec une échappée de cinq hommes qui se forme dès le premier kilomètre de course. Desiré Kaboré (Bur), Mahamadi Sawadogo (Bur) dit « l'homme qui attaque plus vite que son ombre », Boukari Kagambega (Bur), Julien Dely (Fra) et Karel Pattyn (Bel), rejoints dans un premier temps par Fabrice Debrabant (Fra) et Gunter Cuylits (Hol) sont toutefois repris par le peloton au kilomètre 14.
En deux temps
C'est ensuite un groupe composé de quatre Burkinabè et un Angolais qui lancent l'offensive, au kilomètre 23. Cinq kilomètres plus loin, quatre bonshommes bien inspirés décident de partir à leur chasse : la poursuite atteint son but au kilomètre 40, les questions commencent alors à se poser. Le groupe est hétérogène et il est généralement complexe de convaincre les Africains, peu confiants dans leurs talents de sprinteurs, de collaborer à une échappée.
Ça marche
 Cette fois-ci tout le monde arrive à s'entendre et le groupe paraît constitué : Laurent Zongo (Bur), A.Wahab Sawadogo (Bur), Mahamadi Sawadogo (Bur), Seydou Sanfo (Bur), Marcio Mucanza (Ang), Tidiane Ouedraogo (Bur), Abdoulaye Thiam (Sen), Denis Flahaut (Fra) et Michel Lelièvre (Fra) s'embarquent dans une aventure commune. Et bien que les équipiers du maillot jaune Pierre Chevalier (Fra) tentent d'influer sur le peloton, l'écart des échappés continue de croître : déjà plus d'une minute au passage de la première frontière dans l'histoire du Tour, pour un maximum de 3'20'' au km 74.
À qui le jaune ?
À l'entrée dans le circuit de Sikasso, où la foule a réservé un accueil impressionnant aux coureurs,  la cause est déjà entendue : le vainqueur se trouve dans le groupe des 9. Reste à savoir lequel, la deuxième question étant de connaître l'écart avec le peloton, qui a explosé en cours, et plus précisément avec Pierre Chevalier. Pour ce qui est du sprint, puisque personne n'a pu porter d'attaque lors des trois tours de circuit, il est logiquement remporté par Denis Flahaut. Jeune spécialiste de l'exercice, il serait même convoité par plusieurs formations de tout premier ordre ! Quant à Pierre Chevalier, il perd le maillot jaune en arrivant à 2'07'' derrière le groupe de tête, mais il fait le bonheur de A. Wahab Sawadogo et de tout le peuple burkinabè.
|
| |
 |
 |
Le jaune leur allait si bien
Il est des mélanges de genre dont on ne saurait définir la saveur mais qui se révèlent plus délicats que prévus. Qui donc a bien pu avoir l'idée farfelue de constituer une équipe mixte franco-japonaise ? Renseignements pris, il s'agit bien du Directeur de l'épreuve Laurent Bezault, dont la fantaisie peut parfois étonner. Au moment de finaliser le plateau de l'épreuve, il a pu compter sur le relais de ses amis Nobuhito Kubo et Chantal Fedele, qui ont pris en main le destin de ce projet hors-normes.
 Chantal Fedele, qui avait déjà conduit les deux années précédentes une équipe d'Isère, avait dans un premier temps été missionnée pour monter une équipe guadeloupéenne. Le groupe semblait fin prêt pour sa traversée de l'Atlantique, direction le Faso, mais le projet initial a été annulé pour des raisons encore obscures : « toujours est-il que j'étais désespérée et même déprimée de ne pas venir sur le Faso cette année », explique cette amoureuse du Tour qu'est Chantal. La proposition de Laurent Bezault, ce mariage franco-japonais dont il avait déjà parlé à Nobuhito Kubo, un manager de cyclistes nippons qu'il compte dans ses amis, a d'emblée séduit celle qu'on appelle de Bobo à Ouaga « la petite reine blanche du Faso ».
Quelques coups de fil plus tard et le groupe est constitué, tout cela deux semaines avant le départ de l'épreuve. Alexandre Perret, Thierry David et Pierre Chevalier ne voient aucun inconvénient à s'associer à Takamitsu Tsuji, Daï Fukuhara et Kentaro Eshita. La première rencontre a lieu à Roissy, le soir du départ. Bien sûr, les difficultés de communication sont flagrantes, les trois asiatiques ne parlant que quelques mots de français et pas beaucoup plus d'anglais. Heureusement « Nobu », qui vit depuis 5 ans en France assume volontiers le rôle d'interprète. Après tout la convivialité peut aussi se passer du langage, pour autant que la bonne volonté soit au rendez-vous.
 Et de la bonne volonté on a pu en voir avec des fortunes diverses chez tous les membres de l'équipe. Dans un premier temps, ce fut la victoire de Pierre Chevalier dans l'étape inaugurale après une attaque courageuse sur ses compagnons d'échappée à 10 km de la ligne. Les « France-Japon », comme on les appelle dans le peloton, s'emparent du maillot jaune ! Re-belote le lendemain, avec le succès de Thierry David à Houndé, tandis que Pierre reste habillé en jaune, tout au moins une journée : « tout le monde me disait que je portais chance puisqu'il y avait toujours eu des victoires d'étape dans mon équipe, mais je n'avais jamais eu le jaune », se réjouit Chantal.
 Bien sûr, le palmarès des camarades japonais ne se remplit pas aussi rapidement, mais ils font preuve d'un vrai courage de samouraïs. À moitié terrassé par une « tourista des familles », Takamitsu et Kentaro ont fini l'étape de Sikasso au bout du rouleau, mais dans les délais : « pour eux l'essentiel sera de finir et en bonne santé », soupire leur manager un peu inquiet. En revanche, côté mariage il semble que les affaires marchent entre « Nobu » et Chantal : « sportivement ça se fera, nous avons décidé de renouveler la formule sur d'autres courses à étapes l'année prochaine ».
|
 |
|
 |
 |
 |
|