Maillot rouge pour tout le monde
Et dire qu'ils ont failli en être privés, de cette poussière rouge qui s'incruste jusqu'au fond de la gorge ! La deuxième grande innovation de ce Tour après l'incursion au Mali lors de

l'étape 3, à savoir la portion de route non goudronnée entre Sabou et Koudougou, était en effet en suspens depuis plus d'une semaine. À l'origine, l'idée de faire emprunter cette piste au Tour avait été entérinée après des reconnaissances concluantes au mois de février. Les organisateurs avaient toutefois connaissance des dégâts que peuvent occasionner la saison des pluies sur l'état des voies. La confirmation nécessitait donc une deuxième inspection.
Une semaine avant le départ de l'épreuve, Laurent Bezault, lors d'une deuxième série de reconnaissances, a constaté l'ampleur du phénomène et pris la décision qui s'impose :
« il n'est pas possible de laisser des coureurs s'élancer sur une piste dans cet état ». Le Directeur de l'épreuve n'avait en revanche pas abandonné. Avec l'appui du ministre des sports Toundoun Sessouma, le Tour du Faso a sollicité le ministère des infrastructures burkinabè,

qui s'est engagé à livrer une piste satisfaisante le jour J.
Malgré la garantie du gouvernement, Laurent Bezault s'est tout de même rendu sur les lieux la veille au soir. Jugée praticable, la piste avait néanmoins besoin de quelques petites finitions, effectuées dans la nuit avec une grande « lame . En prime, le tronçon a même eu droit à deux séances d'arrosage nocturnes pour tenter de limiter les méfaits de la poussière.
Mais ce n'est tout de même pas sur un tapis rouge qu'a eu lieu l'explication finale de l'étape 6. Tous l'attendaient ou presque. En tout cas, ces 40 km ont largement alimenté les conversations de bivouac. Une question revient à peu près à toutes les tables : « Est-ce que c'est plus dur que Paris-Roubaix ? ». Pour Bezault, ancien coureur de la grande époque de Toshiba,
« c'est moins dur. Il s'agit quand même d'une route carrossable
empruntée tous les jours en voiture par les gens d'ici ». Même son de cloche du côté de Jean Stablinski, champion du monde en 1962 et directeur sportif de l'équipe de la Porte du Hainaut.
Chez les coureurs, les avis sont plus partagés, particulièrement après la course. Karel Pattyn, qui tenait une bonne occasion de remporter l'étape et de repartir à la conquête du maillot jaune, ne doit pas être d'accord. Coupé dans son élan par quatre crevaisons en cinq kilomètres, il rejoint la ligne dépité et amer. La grosse trentaine de coureurs qui a du s'arrêter pour dépannage ne se rappelleront pas non plus de l'arrivée à Koudougou comme d'une partie de plaisir.

Même le vainqueur de l'étape, Joris Van Mechelen, qui a parcouru le dernier kilomètre avec une roue crevée, avoue avoir été surpris par la difficulté. Ce Belge, qui a participé à quelques courses flandriennes cousines de la reine des classiques, analyse la différence de technique :
« sur les pavés il y a toujours moyen de rouler sur les côtés et d'éviter les endroits difficiles. Ici il y a du sable est des cailloux partout. Je suis mort mais content ». Et c'est bien le sentiment général qu'exprimaient la majorité des coureurs à l'arrivée, comme ce Nordiste pur jus qu'est Yann Befcop :
« c'est horrible mais il faut le faire une fois dans sa vie ».